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Hempi, la marque de CBD qui a choisi de ne pas vendre de molécules de synthèse

Élise-Anouk Perruchon 7 min de lecture

Le CBD n’a pas vocation à faire planer. C’est même tout l’intérêt de cette molécule : apporter un effet de détente sans altérer l’état de conscience.

Pourtant, un consommateur qui entre aujourd’hui dans une boutique de CBD peut ressortir avec un produit présenté comme du CBD et se retrouver franchement défoncé. 

Le souci : de nouvelles molécules arrivent chaque mois sur le marché français. Voici pourquoi Hempi, marque française créée en 2021, a choisi de ne jamais en vendre.

Un mécanisme qui tourne en boucle

Le procédé n’a pas changé depuis 2022. On part du CBD, molécule naturelle et légale. On la transforme chimiquement, le plus souvent par hydrogénation. On obtient un composé beaucoup plus puissant, absent des listes officielles.

Techniquement légal, jusqu’à ce que les autorités le classent comme stupéfiant.

Le HHC a ouvert la voie à l’été 2022. Classé stupéfiant. Le H4CBD a pris sa place. Classé. Puis le THCP, le HHC-O, le 10-OH-HHC, les dérivés acétylés. Classés à leur tour.

À chaque interdiction, une molécule de remplacement apparaît, présentée comme légale au motif qu’elle ne figure pas encore sur la liste de l’ANSM. Le cycle se poursuit aujourd’hui, avec de nouveaux noms tous les mois.

Le point commun de ces composés : aucune étude de toxicité à long terme. Personne ne sait ce qu’ils produisent dans la durée. Les premiers consommateurs servent de test.

Le vrai dégât : la confusion avec le CBD

Ces molécules sont vendues dans les mêmes boutiques que le CBD, sous les mêmes codes visuels, dans les mêmes formats. Huiles, fleurs, gummies, e-liquides. Un client qui demande du CBD peut repartir avec autre chose sans le savoir.

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Il vit alors une expérience violente : perte de contrôle, tachycardie, angoisse. Et il en tire une conclusion : le CBD est dangereux.

Le résultat est visible en boutique. Des personnes qui consommaient habituellement du CBD sont maintenant rétissante, par peur de revivre une mauvaise expérience.

Le CBD ne provoque pas d’effet psychotrope. La molécule qui a causé le problème, si.

Ce que les autorités relèvent sur le CBD de synthèse

Le réseau français d’addictovigilance a été le premier à remonter des complications cliniques ayant nécessité un recours médical.

Voici ce que l’ANSM liste dans ses communiqués officiels :

Type de troubles Effets rapportés
Neurologiques Convulsions, perte de connaissance, coma, amnésies
Psychiatriques Épisodes délirants, hallucinations, attaques de panique, paranoïa, idées suicidaires
Cardiovasculaires Tachycardie, hypertension, douleurs thoraciques pouvant évoquer un infarctus
Digestifs et rénaux Vomissements, douleurs abdominales, cas d’insuffisance rénale
Dépendance Addiction sévère avec syndrome de sevrage

L’agence précise que ces substances imitent les effets du THC, avec une intensité supérieure à celle du cannabis. Les analyses de produits ont révélé des concentrations atteignant parfois 99 %.

Les étiquettes sont parfois trompeuses

C’est le cœur du problème, et il est confirmé par les autorités elles-mêmes.

L’ANSM a publié une alerte sur l’augmentation des intoxications liées à des produits au CBD contenant d’autres substances. Sa conclusion : très souvent, la composition annoncée sur l’étiquette ne correspond pas à la composition réelle du produit.

Une étude soutenue par la Mildeca en 2023, menée par les centres d’addictovigilance de Lyon, Paris et Montpellier, a testé des produits du marché. 8 produits sur 10 affichaient une teneur différente de celle indiquée.

Un vendeur peut donc proposer en toute bonne foi un produit dont il ignore le contenu exact. Et un acheteur peut ingérer une molécule qu’il n’a pas choisie, à une dose qu’il ne connaît pas.

Ce Hempi constate en boutique

Hempi exploite une boutique physique à Coutiches, dans le Nord, en plus de son site.

L’équipe rapporte y recevoir des clients venus après un passage aux urgences, à la suite de produits achetés ailleurs. Ces retours de terrain ne sont pas des données statistiques, mais ils recoupent précisément ce que décrivent les signalements officiels.

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C’est ce qui a fixé la position de la marque : on ne vend pas un produit dont on ignore le contenu réel et les effets à long terme. Sans quoi le client devient un sujet d’expérimentation à son insu.

Un choix qui coûte du chiffre d’affaires

Il faut le dire sans détour : refuser ces molécules n’est pas confortable commercialement.

La demande existe, les marges sont attractives, et les enseignes qui en vendent captent des clients. Hempi n’en a jamais commercialisé, et continue de ne pas le faire malgré les nouveautés qui arrivent chaque mois et malgrè la demande.

Le principe est : ne proposer que des molécules naturellement présentes dans la plante et obtenues par extraction, sans conversion chimique destinée à augmenter la puissance.

La gamme CBD proposée par Hempi

La logique de la marque n’est pas d’interdire l’effet, mais de ne jamais le déguiser.

Côté bien-être, la gamme couvre les formats habituels du CBD :

  • Huiles sublinguales, en plusieurs concentrations
  • Fleurs, résines et trim, le trim étant composé de petites fleurs et de micro-bourgeons
  • Gummies CBD et capsules au dosage fixe par unité
  • Infusions à base de CBD
  • Cosmétiques à l’huile de graines de chanvre
  • Produits pour animaux, avec des formules distinctes pour chiens et pour chats

Pour les clients qui recherchent un produit à visée récréative, la marque propose par ailleurs une gamme de gummies au THC, les Magic Gummies, formulée à partir d’un distillat naturel obtenu par extraction et non par synthèse. Le positionnement est affiché sans ambiguïté : ces produits ne sont pas présentés comme du bien-être, ils respectent le seuil de 0,3 % de THC dans le produit fini, et leur accès est réservé aux adultes.

C’est là que se joue la différence. Un client qui veut un effet peut l’obtenir en sachant exactement ce qu’il achète. Le problème des molécules de synthèse n’est pas qu’elles produisent un effet, c’est qu’elles le produisent à l’insu de l’acheteur, sous l’étiquette d’un produit censé ressembler au CBD.

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FAQ

Le CBD fait-il planer ?
Non. Le CBD ne provoque pas d’effet psychotrope. Un produit vendu comme du CBD qui provoque un effet fort contient très probablement autre chose.

Qu’est-ce qu’un cannabinoïde de synthèse ?
Une molécule créée en laboratoire, soit entièrement, soit par transformation chimique d’un composé naturel comme le CBD. Le HHC et le H4CBD, obtenus par hydrogénation, en sont les exemples les plus connus.

Ces molécules sont-elles interdites en France ?
Celles qui ont été identifiées le sont : l’ANSM a classé le HHC et ses dérivés, puis le THCP, le HHCPO et d’autres composés. Mais de nouvelles molécules apparaissent régulièrement, non encore classées, et vendues comme légales à ce titre.

Pourquoi ont-elles été interdites ?
En raison des signalements d’effets graves remontés par les centres d’addictovigilance : convulsions, comas, troubles psychiatriques, atteintes cardiaques et rénales, ainsi qu’un risque de dépendance.

Comment savoir ce que contient réellement un produit ?
En demandant l’analyse du lot correspondant. Les mentions commerciales ne suffisent pas, les autorités ayant constaté de fréquents écarts entre l’étiquette et le contenu réel.

Élise-Anouk Perruchon

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